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Passeport pour la Baie-des-Chaleurs

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14 février 2021

Roxanne Langlois - rlanglois@lexismedia.ca

Manjula Karunaratne : tous les chemins mènent à Maria

PASSEPORT POUR LA BAIE-DES-CHALEURS

Manjula Karunaratne

©Photo Gracieuseté

Manjula est une adepte de plein air et de grands espaces. On l’aperçoit ici avec les deux chiots croisés husky et malamute qu’elle a récemment adoptés, Sikou et Pukia.

Il aura fallu deux histoires d’amour improbables, la sienne et celle de son père, pour que Manjula Karunaratne atterrisse en Gaspésie. Le parcours de la dame de 54 ans, qui possède l’école de langues Immersion Baie-des-Chaleurs, n’a rien de banal et l’aura conduite du Sri Lanka à Maria, en passant par la Nouvelle-Zélande, l’Ontario et Montréal.

Manjula naît à Battaramulla, en banlieue de Colombo, la capitale srilankaise. Elle n’a que huit mois quand sa mère biologique, prénommée Geetha, est emportée par une tumeur au cerveau. Son père, Kolitha, docteur spécialiste en médecine interne, détient la certification nécessaire pour pratiquer dans tous les pays du Commonwealth. Il souhaite quitter le pays, ce que le duo fait lorsque la petite a cinq ans.

« Il a appliqué partout et la Nouvelle-Zélande lui a offert le meilleur poste. On est donc déménagés en Nouvelle-Zélande », relate-t-elle. C’est dans un petit hôpital de la taille de celui de Maria que le professionnel de la santé rencontre peu après une infirmière canadienne qu’il épousera. « Elizabeth est devenue ma mère. Elle est l’une des personnes les plus "hot" que je connaisse! Elle a maintenant 70 ans, elle vit dans l’Ouest canadien et elle est prof de ski! », relate la Néo-Gaspésienne en riant.

C’est grâce à cette dame, qui adoptera officiellement Manjula et aura deux autres enfants avec son père, que la famille s’installera en sol canadien. « Elle avait toujours voulu revenir dans son pays », explique Manjula. Celle-ci a neuf ans lorsque le clan s’installe à London, en Ontario; elle y restera jusqu’à la fin de l’école secondaire.

Une autre rencontre déterminante

Après avoir complété un premier baccalauréat en sciences à l’université de Guelph, Manjula suit des cours en lettres à l’Université McGill, à Montréal. Parallèlement, elle enseigne l’anglais pour le compte de l’entreprise Samson Bélair Deloitte et Touche. Elle est dans la métropole depuis un an et demi et a 27 ans lorsqu’elle rencontre Daniel Leblanc, alors l’un de ses élèves. L’homme originaire de New Richmond deviendra son amoureux à la fin des cours.

S’ils reviennent ensemble en Gaspésie six mois plus tard, la Srilankaise d’origine doute d’abord qu’elle passera sa vie sur la péninsule gaspésienne. Celle qui souhaite continuer à enseigner l’anglais plie donc bagage un an plus tard pour Barcelone afin d’y suivre une formation d’un mois qui lui permettra de travailler dans ce domaine. Elle vise de s’installer à Prague, en République tchèque. « J’avais toujours pensé que ma vie, ce serait de passer quelques années dans un pays, puis dans un autre. J’ai quitté parce que je croyais que c’était mon destin d’aller à différentes places », explique-t-elle.

Alors que se termine sa formation, Daniel la rejoint en Espagne. La première nuit que les amoureux passeront ensemble là-bas sera déterminante pour la suite. « C’est là que notre fille a été conçue », raconte-t-elle en riant. Après un voyage de trois semaines en Europe, auquel prend aussi part la sœur de Daniel, Manjula choisit d’abandonner ses projets européens et rentre en Gaspésie en août 1998. C’est à ce moment qu’elle apprend qu’elle est enceinte de leur premier enfant, Keshani; la jeune femme est aujourd’hui âgée de 21 ans. Le couple s’installe dans la maison bâtie par le père de M. Leblanc, à Maria. Les tourtereaux compléteront leur famille deux ans plus tard, en 2001, avec l’arrivée d’Antoine.

Manjula n’a jamais regretté d’avoir laissé tomber ses projets à Prague et de s’être posée en Gaspésie avec son amoureux. « Ça fait plus de 20 ans que je suis avec Daniel. Je ne peux pas expliquer à quel point je suis bien avec lui! », glisse-t-elle, tout sourire.

Comme un gant

Depuis 1998, l’école de langues de Manjula Karunaratne offre plusieurs services. Des cours et différents séjours d’immersion française sont notamment offerts, en plus de l’accompagnement en francisation, proposé grâce à un partenariat avec le ministère de l’Immigration. Trois enseignants y œuvraient au moment d’écrire ces lignes.

Parallèlement, l’entrepreneure s’épanouit à travers différentes expériences professionnelles au fil des ans; les projets ne manquent pas! À ce jour, elle travaille depuis environ un an comme animatrice et traductrice pour le compte d’un organisme à but non lucratif; munie d’une curiosité infatigable et d’une grande passion pour les études, la Gaspésienne d’adoption se forme simultanément en travail social, un domaine qui la fait littéralement vibrer.

Désormais mère de deux grands enfants, Manjula réalise que le Gaspésie lui a beaucoup offert et lui va, au final, comme un gant. En plus de sa famille et de ses amis, elle a trouvé chez nous la nature, dont elle a besoin d’être entourée. « C’est la mer, la montagne, le parc de la Gaspésie à proximité… Ça me comble de toutes les façons. Si je ne l’avais pas trouvé, j’aurais toujours cherché un endroit comme ici. »

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