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02 avril 2019

Roxanne Langlois - rlanglois@lexismedia.ca

Proposition de 13 ans d'emprisonnement pour Jérémie-Viktor Lagacé

Touriste français tué à Saint-André-de-Restigouche

©Gracieuseté-Gilles Gagné

Jérémie Viktor Lagacé, photographié à sa sortie du palais de justice de Carleton-sur-Mer, après sa comparution, le 23 août 2017.

JUSTICE. La défense et la poursuite ont proposé d’un commun accord, mardi matin, une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 13 ans pour Jérémie-Viktor Lagacé, ce jeune homme de Saint-André-de-Restigouche qui a avoué avoir tué par balle un touriste français en août 2017.

«Nous pensons qu’il s’agit d’une peine raisonnable»,  a fait savoir Me Guy Loiselle, procureur aux poursuites criminelles et pénales. Environ deux semaines de négociation ont été nécessaires afin que les deux parties en viennent à un accord pour cette peine reliée à un meurtre sans préméditation.

Si le juge au dossier Guy de Blois va de l’avant avec cette sentence, le meurtrier gardé en détention depuis son arrestation, le jour même de la mort de Fabrice Durand, serait donc admissible à une libération le 22 août 2030.

Plusieurs éléments ont pesé dans la balance dans les pourparlers, dont le jeune âge de l’accusé, adopté en Russie par une famille gaspésienne lorsqu’il avait trois ans, et le fait qu’il soit atteint du syndrome d’alcoolisme fœtal.

«C’est un jeune homme qui a été adopté, qui a eu de la misère à l’école, qui avait des problèmes conjugaux, qui avait perdu son emploi […]», a énuméré l’avocat de la défense, Me Marcel Guérin, à sa sortie des représentations sur sentence tenues au palais de justice de New Carlisle.

Bien que sa condition contribuerait à altérer son jugement et son discernement, Lagacé sait néanmoins distinguer le bien du mal, a confirmé Me Guérin; c’est pour cette raison que sa responsabilité criminelle n’a pas été remise en doute dans cette affaire.

De passage dans la région dans le cadre d’un voyage de six mois en Amérique du Nord, M. Durand se baladait dans les sentiers des chutes à Picot avec sa conjointe le 22 août 2017 lorsqu’il a été atteint à la tête par un projectile. Le couple venait tout juste de croiser le tireur sur le chemin.

Défendant d’abord ne pas être relié au drame puis d’avoir atteint accidentellement la victime en visant un arbre, le père de deux jeunes enfants a finalement admis sa culpabilité le 28 mars, soit quatre jours avant le début de son procès. Ce fait a d’ailleurs été pris en compte par les parties.

Un tir, deux familles déchirées

Revenue au Québec aux côtés d’un ami et de ses parents afin de «représenter Fabrice jusqu’au bout», sa compagne Ludivine Marcoux a livré un émouvant témoignage mardi. La jeune femme qui a assisté au meurtre et qui a vécu un violent traumatisme a fait état des innombrables répercussions que le geste de l’accusé a eu sur sa vie.

Dépression, cauchemars et crises d’angoisse font désormais partie de son quotidien. «J’ai eu longtemps des flashback du visage détruit de Fabrice et de celui de Lagacé», a-t-elle raconté. Mme Marcoux a d’ailleurs fondu en larmes lorsque questionnée sur les projets qu’avait le couple une fois de retour au pays, par exemple l’acquisition d’une propriété. «On parlait aussi d’avoir des enfants, on souhaitait créer notre famille», a-t-elle témoigné, la voix cassée par l’émotion.

Comme d’autres membres de la famille, la sœur du touriste français a acheminé un témoignage qui a été lu mardi matin. Celle-ci a déploré le fait que sa fille, née pendant le voyage du couple, ne connaîtra jamais son parrain. Le père de la victime, Christian Durand, a pour sa part rappelé que l’Andrégouchois avait «détruit sa famille et sa vie» alors que sa mère, Séverine Andronnet, a souligné que son fils était un «rayon de soleil» que tous portaient dans leur cœur. «Il était tellement heureux de faire ce voyage», a-t-elle écrit.

Lagacé, l’air abattu, est demeuré la tête baissée tout au long des témoignages. Il n’a levé les yeux que lorsque son père adoptif, Étienne Lagacé, a été appelé à la barre par la défense. Spécifiant que sa conjointe n’était physiquement pas en mesure de faire de même, celui-ci a raconté les difficultés vécues par son fils avant qu’il ne commette l’irréparable. L’homme s’était d’ailleurs rendu à deux reprises sur le lieu de travail de son fils, qui vivait des problèmes conjugaux importants avec la mère de ses enfants.

Qualifiant «d’incompréhensible» le geste commis par son garçon, le producteur agricole a compati avec les proches de la victime, précisant que ce qu’ils subissent est «loin d’être anodin». Il est d’ailleurs allé s’excuser au nom de son fils auprès de Mme Marcoux lors de la pause des procédures.

Peiné, l’homme qui dit éprouver un amour inconditionnel pour son enfant en dépit des événements a expliqué que lui et sa conjointe seraient plus facilement en mesure de s’occuper du jeune homme de 24 ans si celui-ci sortait de prison après une dizaine d’années plutôt que 25. «On se sent capables et on a le désir de remettre Jérémie sur pied», a-t-il assuré au juge de Blois.

Jérémie-Viktor Lagacé devra, si le juge va de l’avant avec la proposition commune déposée mardi, soumettre un échantillon de son ADN. Il sera également interdit de contact avec Mme Marcoux, ainsi qu’avec le père, la mère et la sœur de Fabrice Durand. Le magistrat de Blois devrait se prononcer jeudi matin sur la peine du jeune homme à l’origine de ce qu’il a qualifié de «tragédie inexplicable».
 

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